Fatia* nait en 1986 en Érythrée. En 2003, alors âgée de 17 ans, elle fuit son pays avec ses parents et se rend en Éthiopie où la famille demande une protection. Là, elle rencontre Tedros*, également ressortissant érythréen et leur mariage est prononcé en 2004. Un an plus tard naît leur premier fils et l’année suivante leur second fils.
En 2008, Tedros* disparait brusquement et Fatia* se retrouve seule. Elle retourne alors vivre chez ses parents avec ses fils, où habitent également ses frères et sœurs. La situation n’est pas viable et, en mars 2009, elle prend la route de l’exil en laissant ses enfants à sa famille. Après avoir vécu dans plusieurs pays (y compris des mois d’enfermement en Lybie), elle arrive en Suisse en mars 2011, où elle dépose une demande d’asile. Deux ans et demi plus tard, en décembre 2013, la Suisse lui reconnait le droit d’asile et lui délivre un permis B réfugié.
En mars 2014, Fatia* dépose une demande de regroupement familial auprès du SEM en faveur de ses deux enfants. Mais le SEM refuse cette demande, au motif que les conditions de l’art. 51 LAsi ne seraient pas réunies. En effet, cet article stipule que pour bénéficier d’un regroupement familial sous la LAsi, une personne réfugiée peut faire venir sa famille uniquement si cette dernière a été séparée par la fuite hors du pays d’origine. Or, la famille de Fatia* ayant été constituée après sa fuite d’Érythrée, à savoir en Éthiopie, elle ne remplit pas cette condition.
En août 2015, Fatia* dépose alors une nouvelle demande de regroupement familial cette fois sur la base de la LEI et de l’art. 8 CEDH. Elle bataille pour trouver un emploi et un appartement pour remplir les exigences de la loi. Après des années d’attente et un recours en déni de justice auprès du Tribunal, sa demande est finalement acceptée par le Service cantonal de la population en juillet. Les enfants de Fatia* arrivent en Suisse également en juillet 2021 et reçoivent un permis B. Cela fait 12 ans que Fatia* les a quittés.
Peu de temps après, en mars 2022, Fatia* reçoit des nouvelles de son mari pour la première fois en 14 ans, qui explique avoir également tenté de fuir pour demander l’asile mais n’avoir pas réussi. Il se trouve actuellement à nouveau en Éthiopie. Elle dépose alors une nouvelle demande de regroupement familial, en sa faveur.
Dans sa demande, Fatia* fait valoir que, depuis 2019, elle travaille au moins 34 heures par semaine, pour un salaire de près de CHF 3’150 et, en complément, touche une petite aide sociale de CHF 985. La venue de son mari permettrait de rendre sa famille indépendante financièrement grâce à un second revenu. Elle ajoute que sa dépendance à l’aide sociale ne peut être considérée ni durable ni considérable, et ne devrait donc pas entraver sa démarche. Concernant le logement, Fatia* vit avec ses enfants dans un appartement de 4 pièces. Enfin, elle justifie qu’il ne lui était pas possible de déposer une demande de regroupement familial dans le délai de 5 ans imparti par la loi (art. 47 LEI), puisqu’elle n’avait jusqu’alors aucun contact avec son mari, dont elle ne savait ni s’il était vivant ni s’il était mort, ce qui justifie la demande tardive.
En août 2025, soit plus de trois ans après la demande, le SEM rend une décision positive. Son mari arrive en Suisse en octobre de la même année, la famille est réunie.