En janvier 2010, « Amal » obtient un permis F après avoir fui la Somalie en octobre 2008. Elle a été victime d’un viol commis par des miliciens d’Al-Shabab et a vu son père être tué pour avoir voulu la défendre. Le voyage étant trop coûteux et dangereux, « Amal » est contrainte de laisser ses cinq enfants à sa mère, « Halima ». En novembre 2011, suite à l’assassinat de son fils par les milices, « Halima » décide de fuir à Addis-Abeba avec ses cinq petits-enfants. En Éthiopie, la famille ne dispose d’aucun réseau et, n’ayant pas de domicile fixe, elle est logée dans une mosquée. En outre, ne possédant pas de document légitimant son séjour, elle est sans cesse confrontée au danger d’être renvoyée en Somalie.
En avril 2012, « Halima » et ses cinq petits-enfants âgés entre 6 et 14 ans demandent l’asile depuis l’étranger avec l’aide d’une mandataire. Celle-ci fait valoir la grande vulnérabilité et précarité dans laquelle se trouve cette famille dépourvue de présence masculine dans un environnement particulièrement difficile pour les femmes. En juillet 2012, alors qu’elle allait récupérer l’argent envoyé par sa mère au centre de transfert, la fille aînée d’« Amal » est violée par trois hommes en pleine rue. Traumatisée, elle se rend dans une station de police afin de dénoncer ces faits. Cependant, sa plainte est rejetée sous prétexte que les auteurs du viol ne sont pas connus. En outre, la jeune fille, dont le droit de présence en Éthiopie n’est pas assuré, ne peut être soignée. Après deux lettres de rappel de la part de la mandataire, l’ODM l’informe de son impossibilité de traiter la demande dans l’immédiat « [e]n raison du grand nombre de requêtes à traiter et des directives organisationnelles ». En août 2012, la mandataire envoie à nouveau un courrier soulignant l’extrême urgence de la situation. En octobre 2012, suite à la demande de l’ODM, la famille envoie des informations complémentaires sur sa situation. Après trois nouvelles lettres de relance restées sans réponse, la mandataire informe l’ODM du décès d’« Halima » au cours d’une opération chirurgicale. Celle-ci souffrait d’un kyste au niveau de la gorge qui provoquait des infections.
En raison de ce drame, les enfants sont livrés à eux-mêmes et vivent dans une précarité extrême. Malgré l’annonce de cet évènement tragique, l’ODM ne donne toujours pas de nouvelles et ne répond pas à une nouvelle lettre de rappel de la mandataire. En juin 2013, celle-ci décide d’informer la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga de la situation de cette famille. Le même mois, l’ODM fait part de son intention d’examiner le cas en toute priorité et demande que des tests ADN soient effectués sur les enfants afin d’établir leur lien de filiation avec « Amal ». En septembre 2013, compte tenu du manque de moyens financiers d’« Amal », l’ODM accepte de prendre en charge les frais d’analyses ADN. En décembre 2013, les cinq enfants sont autorisées à entrer en Suisse.
Signalé par : Elisa-Asile Genève, décembre 2013
Sources : courriers de la mandataire (06.06.12, 11.07.12, 12.09.12, 22.11.12, 11.01.13, 21.03.13, 24.04.13, 16.05.13, 22.08.13), réponses de l’ODM (03.08.12, 19.09.12, 18.06.13, 27.06.13), lettre à Mme Sommaruga (06.06.13).