Originaire du Ghana, Salim* arrive en Suisse en 2003 pour y demander l’asile. Sa demande est rejetée par le SEM. En Suisse, Salim* rencontre Elisa*, ressortissante somalienne au bénéfice d’une autorisation de séjour (permis B).
Durant l’été 2017, le couple dépose une demande d’ouverture d’une procédure de mariage devant l’Office de l’état civil de Lausanne. Celui-ci leur communique une liste de documents à fournir, dont une photocopie du passeport ou de la carte d’identité (
art. 98 al. 3 CC). Salim* et Elisa* s’exécutent : Elisa* leur transmet un certificat de naissance, une attestation de célibat, une déclaration de résidence à Lausanne et une copie de son permis de séjour suisse. En parallèle, Salim* reçoit un délai de 60 jours pour prouver la légalité de son séjour en Suisse (
art. 98 al. 4 CC). Pour ce faire, le couple doit s’adresser au SPOP afin d’obtenir une tolérance de séjour en vue du mariage, en prouvant qu’ils remplissent les conditions du regroupement familial (
art. 44 LEI).
Malgré les preuves des moyens financiers transmis par le couple, le SPOP mettra près de deux ans pour accorder à Salim* une tolérance de séjour, que le couple transmet immédiatement à l’Office de l’état civil en juin 2019. Ce dernier leur répond qu’ils n’ont pas transmis de document d’identité et leur impartit un délai d’un mois pour s’exécuter. Le couple se tourne alors vers le CSP Vaud pour trouver du soutien dans ses démarches. Le CSP transmet à l’Office de l’état civil une attestation de l’ambassade du Ghana prouvant qu’un passeport est en cours d’établissement pour Salim*. Concernant Elisa*, le CSP estime qu’une copie de son passeport pour étranger·ère délivré par les autorités suisses, une copie de son permis de séjour, ainsi qu’une copie d’un courrier attestant qu’une procédure de naturalisation est en cours suffisent à justifier son identité. Or, l’Office de l’état civil, qui entre-temps a reçu le passeport de Salim*, rejette la demande du couple d’ouverture d’une procédure préparatoire de mariage. L’autorité considère qu’Elisa*, faute de passeport national, n’a pas établi son identité.
Le couple recourt contre la décision en octobre 2019, avec l’aide du CSP. Joignant à son recours une attestation de la représentation somalienne à Genève confirmant que cette dernière ne délivre plus de passeport national depuis 2013, les recourant·e·s demandent que l’autorité reconnaisse l’identité d’Elisa* sur la base d’une déclaration de sa part, comme le permet l’
art. 41 CC, lorsque la présentation de documents ne peut raisonnablement être exigée ou est impossible.
La Cour de droit administratif et public (CDAP) rejette le recours du couple en juin 2020. Elle considère qu’il n’était pas impossible pour Elisa* de se procurer un passeport somalien sur une période de deux ans entre le dépôt de la demande et le refus de l’autorité, et qu’il était envisageable qu’elle se rende au Consulat somalien à Bruxelles ou en Somalie pour obtenir le document exigé. Enfin, elle ajoute que l’Ambassade de Somalie à Genève a recommencé à délivrer des passeports somaliens depuis le mois de janvier 2020.
Elisa* obtient finalement son passeport auprès de ladite ambassade à Genève en septembre 2020. Le couple demande alors l’ouverture d’une nouvelle procédure de mariage, trois ans après la première demande. La procédure est toujours en cours.
Signalé par: Centre Social Protestant La Fraternité – Lausanne, octobre 2020
Sources: Échanges de courrier entre le CSP et l’Office de l’état civil lausannois ; arrêt de la Cour de droit administratif et pénal du Tribunal cantonal GE.2019.0212 du 24 juin 2020.