Gabriel* et Marisol*, ressortissant·es équatorien·nes, arrivent en Suisse avec Diana*, la fille de Marisol*, et Jessica*, leur fille commune, en 2002. Celles-ci sont alors respectivement âgées de 15 et 2 ans. La famille dépose une demande d’asile, mais celle-ci est rejetée un mois plus tard. Gabriel* et Marisol* déposent alors un recours auprès du TAF. En 2007, celui-ci ordonne à l’ODM (à présent dénommé Secrétariat d’État aux migrations) de rouvrir la procédure de la famille, notamment en raison des problèmes de santé de Gabriel*.
En mai 2009, le couple se sépare. L’autorité parentale sur Jessica* est attribuée à Marisol*, mais Gabriel* garde un droit de visite élargi, et s’en occupe tous les mercredis, un weekend sur deux ainsi que la moitié des vacances. En octobre de la même année, Diana*, désormais adulte, obtient un permis de séjour. Puis, en 2012, elle se fait naturaliser.
En 2012, l’ODM rend une nouvelle décision négative à la demande d’asile de la famille, qui dépose un recours au TAF. Dans son arrêt, le tribunal décrète premièrement que bien que Marisol* et Gabriel* soient toujours marié·es, leur séparation et le fait qu’iels ne sont plus domicilé·es à la même adresse implique que leur droit au séjour doit être examinés distinctement. Ensuite, le TAF affirme que, compte tenu de l’intégration en Suisse de Jessica*, qui vit dans le pays depuis ses deux ans et en a 13 au moment de la décision, il y a lieu de considérer que son renvoi vers l’Equateur n’est pas raisonnablement exigible. Par conséquent, il ordonne de lui octroyer, ainsi qu’à sa mère, une admission provisoire (permis F).
Par contre, le TAF confirme la décision de renvoi de Gabriel*. Ce dernier ayant été condamné pour plusieurs vols au long des dernières années, le tribunal considère que cela justifie de l’exclure du droit à une admission provisoire, cela malgré ses attaches familiales et son mauvais état de santé – qu’un renvoi aggraverait sérieusement selon ses médecins. La famille saisit alors la CourEDH. En juillet 2014, celle-ci donne raison à la famille et reconnait une violation de la Convention européenne : elle rappelle que l’enfant né·e d’une union maritale fait partie de plein droit de cette union jusqu’à qu’iel atteigne l’âge adulte et qu’aucun événement ultérieur ne permet de rompre ce lien familial. La Cour estime que le fait que Gabriel* et Marisol* n’aient pas divorcé et qu’iels continuent à se voir et à s’entraider régulièrement suffit à faire entrer leur relation dans le champ d’application de l’art. 8 CEDH qui protège la vie familiale. Enfin, elle relève que l’intérêt de l’enfant à rester en contact étroit avec son père est également protégé par l’art. 3 de la CDE. La Cour condamne donc la Suisse pour violation de l’art. 8 CEDH.
Signalé par: CSP Genève.
Source: Arrêt CourEDH du 8 juillet 2014 (affaire M.P.E.V et autres c. Suisse).